Quoi qu'il advienne, ce soir c'est le grand soir. Je me retourne la tête ! Je n'ai même pas à prendre ma voiture,
j'ai réussi à m'accorder les services d'un chauffeur qui passe tout près de mon chez moi à moi. Ma caisse dormira bien au chaud au garage, à l'abri des pétards et autres feux d'artifices,
des boulets avinés à l'affut de rétroviseurs à vandaliser, ou de connards soucieux de bruler MA voiture. Ce soir point de tout ceci. J'ai la solution clé en main, mon Sam à moi, un capitaine de
soirée attitré. De plus on a la possibilité de dormir chez F. J'ai d'ailleurs confectionné un magnifique sac à dos à rendre jaloux les participants de Pekin-Express ! J'ai tout l'attirail du
parfait squatteur en milieu hostile : duvet, matelas pneumatique, gonfleur ainsi que quelques fringues de rechanges si j'en fout partout lors d'une débauche d'énergie. Deux bouteilles de
champagne jouent les passagers clandestins.
Mon chauffeur - qui est vraiment une lumière - me donne un point de rendez vous à un kilomètre de chez moi, pas foutu de venir de récupérer devant ma porte. Cela aurait du me mettre sur la piste.
Avec un timing digne du meilleur épisode de mission impossible on se retrouve. Je vois une jolie 207 qui s'approche et se gare à coté de moi. Cool le voilà ! J'ai la présence d'esprit de regarder
sa tête. Bonsoir, as tu le front qui pousse et le cheveu mystérieux ? Ah bah non ! C'était pas lui. Mon chauffeur « roots » arrive juste derrière, en 205 vieillissante.
C'est pas grave ça fait fonction voiture ! Je ne vais pas me plaindre en plus. J'ai mis une chemise qui claque histoire de donner du staïle dans ma laïfe ! Bob Marley est quand à lui sapé comme
s'il allait donner un coup de main à un déménagement. Bref passons.
Au début de la soirée je n'en mène pas bien large, j'ai du mal à me raccrocher aux wagons des conversations qui passent. J'essaie d'être drôle et décontracté mais le résultat n'est pas cinglant.
Je vais recroiser de nombreuses têtes lors d'un week-end au vert. Je vais tenter de faire bonne figure, cela serait ballot de se foutre sur la gueule dès les premières heures de vie en
communauté. Je mange, j'observe, j'apprends à être cool. Malzeltov, Y'a des toasts au saumon ; je peux presque déjà considérer la soirée comme réussie. Mon meilleur ami du moment est la casserole
de punch. Il ne faut jamais décevoir son meilleur ami. Pour lui faire honneur je bois !
Quelques heures passent, j'arrive tout doucement à m'affirmer, à chambrer le petit monde qui m'entoure sans que cela ne paraisse déplacé. Je bois. On discute du chalet, de ski et d'activités dans
la neige. Je bois. Je propose d'animer un blind test après le dessert dans la joie et la bonne humeur. Je trompe mon meilleur ami avec une vodka tonic. En sortant des toilettes, mon capitaine de
soirée m'intercepte et m'annonce qu'il faudra que je trouve une solution de repli pour que je puisse rentrer chez moi. Ah bigre ! Que passa ?
Mon merveilleux chauffeur n'est pas dans le move, il se sent persécuté, les participants selon ses dires ne se comportent pas en amis. Je pige pas tout, je n'ai perçu aucun propos déplacés ou
susceptibles de blesser l'intéressé. Joe le taxi lève le camp (il est 23h50 !) sans dire au revoir, pas même à organisatrice. Ca jase en cuisine ! Tic tac tic tac ! Il est minuit ! On se fait la
bise ! Les bouchons de champ' sautent. Pour rendre le moment plus glamour dame Nature nous envoie une poignée de flocons et saupoudre la ville d'un fin manteau blanc. Par la fenêtre du cinquième
étage je regarde les boulevards enneigés. C'est beau ! Une scène me viens à l'esprit. Je rejoue dans ma tête le planté historique du drapeau russe par l'armée rouge sur le toit du Reichtag en
1945. Bizarre vous avez dit bizarre ? Comme c'est bizarre !
Je rejoins dans la rue la troupe des lanceurs de feux d'artifices et autres fontaines. En voyant les étincelles lécher les carrosseries avoisinantes j'ai une pensée émue pour ma voiture qui doit
en ce moment dormir à poings fermées dans son douillet écrin.
Je remonte. Je bois. On élabore des théories fumeuses sur le départ sans tact de mon ex chauffeur. Je bois. J'ai la conversation facile mais tout est sous contrôle. On mange le dessert. Je
bois. Je parle à des gens. Ah tiens ! Vous étiez là ? On se chambre. Je bois. Je m'improvise maitre de jeu, aux manettes d'un blind test. Je ne bois pas, les mains occupées par la souris et le
tableau de marques. Le jeu (et son animateur formidable) semblent avoir plu, j'en suis ravi. Pour feter ma prestation je bois! Je manie avec dextérité les prénoms des différents convives sans me
tromper. Je m'épate moi même. J'assure le service, je remplis les verres et ... je bois. Dans un soupçon de classe internationale j'explique lors d'un cours particulier à mon voisin que le pire
ennemi de l'Homme est l'Homme lui même et que nul ne peux prédire ce qu'adviendra la planète bleue d'ici à peine 200 ans. Fin de la minute sérieuse. Je bois mais je ne renverse pas moi. Je
confonds ananas et pamplemousse. Je suis bien. L'alcool est un formidable desinhibiteur. Je raconte n'importe quoi mais sans pour autant pousser le bouchon trop loin, avec ou sans Maurice
d'ailleurs.
Il est cinq heures Strasbourg s'éveille a la gueule de bois et les yeux cernés ! C'est une belle journée, je vais me coucher.
Malgré quelques appréhensions nourries, la soirée fut très sympa. Je n'ai d'ailleurs pas vu le temps passer. En régie on se signale que c'est sans doute à cause de l'alcool ! Ah … Damned
!